1 Décembre 2007, Saint Joseph, Martinique
Quand en ce matin du 30 Novembre Péréwo se leva pour sortir ses bêtes, la seule chose qui occupait son esprit étaient les dettes, les dettes et les dettes. On pourra toujours dire, il avait beau avoir sa petite exploitation au bord de la rivière, des bêtes et vergers pouvant le nourrir une année pleine, en ce matin il avait les dettes et toujours les dettes.
Alors autant dire que quand il sarclait les mauvaises herbes, il voyait l’URSSAF. Quand il poussait Calico, son âne bien pensif en ce début de journée, ses oreilles bourdonnaient des mélodies surannées de son contrôleur fiscal.
Péréwo, exploitant agricole n’avait toujours pas été indemnisé des sinistres de Dean. Le toit de son hangar à animaux avait volé jusqu’à la rivière. Il y avait perdu son plus vieux cabri, une bête d’une rare fidélité et malice. Et en plus de ce « si peu », tous ses fruits avaient pris « la vol ». Plus de surettes, plus de mangues, plus de pomme-liane. Surtout plus rien à vendre. Alors à quoi bon considérer le soleil d’un œil neuf alors que dettes s’amassent en liasse sur la table d’entrée. Un séisme avait frappé le péyi la veille. Il n’en fallait pas plus pour achever son moral.
C’est aux alentours de 15 h que la chose l’avait surpris en haut d’un arbre à pain, en train d’élaguer certaines des branches qui étaient devenues dangereuses. Il était tombé mais ne s’était pas fait grand mal. Mais la chose avait duré horriblement longtemps. Ses bêtes avaient crié et remué avec vigueur dans leurs enclos. La rivière s’était soulevée et les oiseaux de la clairière qui bordent sa propriété avaient rasé le sol en criant leur terreur, volant pour voler, volant pour fuir.
Lorsque la Terre retrouva son calme, son désarroi n’était certes pas aussi grand que ces personnes victimes de malaises aux quatre coins de l’ile, il pouvait encore se targuer de n’avoir pas été blessé durant sa chute. Néanmoins, les dettes étaient encore là, les fruits n’avait pas plus repoussé, et il était certain que cette secousse n’était que le début de tourments futurs. Dire que l’Etat tardait encore à déclarer l’état de catastrophe naturelle. Si seulement le séisme avait plus secoué le pied d’argent qu’il avait planté en amont de sa plantation. Qui malgré les boniments et clameurs lancées a chaque pipiri par un séancier de la commune, tardait à donner les fruits pour lesquels on l’avait élevé.
Mickaël BELLUNE
Pigiste confirmé chez Bizness Newz magazine. Correspondant chez Madin Brand Newz